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Soigner sa communication, pourquoi, pour quoi

(Développer sa lucidité, épisode 5)

Parce qu’il existe de multiples réalités pour une même situation

Notre relation avec le monde (la réalité extérieure) et avec nous-même (la réalité intérieure) se fait en permanence à travers nos cinq sens. Notre relation avec nous-même (réalité intérieure) est souvent inconsciente, fruit de processus implicites conscients ou inconscients, et génère des attentes implicites, sources de malentendus…

L’Etre humain, un système complexe, programmé, la plupart du temps malgré lui

L’être humain est un système complexe interagissant en permanence avec le monde extérieur. Dans cette relation, ce système prend la plupart du temps des décisions malgré nous, fruits de raisonnements internes, qui peuvent être conditionnés, hérités, appris, renforcés, construits, etc. Ce sont, en quelque sorte, des programmes qui fonctionnent malgré nous et qui nous conditionnent. Ils provoquent des réactions parfois disproportionnées par rapport à la seule observation des faits.

A travers les cinq sens et par le biais de ces mécanismes, conscients ou inconscients, se construisent plusieurs perceptions de la réalité, pouvant compliquer les relations inter individus. Ces programmes fonctionnent comme des filtres, et ne retiennent que ce qui renforce ce que l’on croit déjà savoir

Par le canal visuel, on voit le monde, on observe (réalité extérieure), pendant que le système se remémore des images passées et imagine des situations futures (réalité intérieure). 

Au travers du canal auditif, il est possible d’entendre des sons, d’entendre des paroles et des mots (réalité extérieure), sans forcément qu’ils n’atteignent leur cible, tandis que le système se remémore des sons, imagine des sons, se remémore des paroles, imagine des paroles (réalité intérieure).

Au plan kinesthésique, il est possible de toucher, de soupeser, d’agir (réalité extérieure), tandis que le système provoque les sensations internes qui sont ressenties (réalité intérieure).

Le canal olfactif met en relation le fait de sentir une odeur (réalité extérieure) avec le système qui se rappelle d’une odeur.

Le canal gustatif offre à savourer un goût que le système tente de se remémorer un goût. 

Ainsi, par rapport à un seul fait objectif et objectivable, un inconfort interne peut s’exprimer suivant quelles réalités intérieures entrent en résonance, si ce n’est en conflit interne. Prendre conscience de ces mécanismes malgré nous permet de maintenir sa vigilance par rapport à ce que « je crois savoir ».

Il est ainsi pertinent d’avoir toujours sa petite caméra interne enclenchée et de se demander avec quelle lucidité nous percevons la situation, la réalité telle qu’elle se présente à nous.

Sommes-nous toujours conscients de nos processus internes et de ce qu’ils engendrent?

Tout comportement humain implique des représentations mentales qui influent sur:

  • l‘image que nous avons de nous-même et notre vision des possibilités d’évolution;
  • les croyances et les valeurs que nous défendons;
  • la manière dont nous utilisons nos capacités, la pertinence
    avec laquelle nous évaluons les situations ou le plaisir que nous en tirons;
  • nos comportements, nos relations avec notre entourage, nos actions dans nos activités;
  • nos réactions, nos résultats dans notre environnement.
A titre d’exemple, en exprimant à un enfant “fais attention de ne pas tomber dans les escaliers“, il construira une image mentale de la chute et tombera certainement, le cerveau étant incapable d’interpréter la négation. A l’inverse, exprimer à l’enfant “assure tes pas” le verra ralentir et il veillera à descendre convenablement les escaliers en sécurité.

Ces représentations mentales influent nos réactions aux stimulus de l’environnement 

Dans un univers compétitif, face à un avenir complexe, incertain, cette image qui se construit malgré nous provoque une réaction proportionnelle à un risque perçu inconsciemment!

C’est la perception inconsciente du niveau de risque perçu qui engendre une réaction, appropriée, ou disproportionnée, par rapport à la réalité de la situation, par rapport aux faits.

Si la représentation de la situation est lucide (exemple brutal: le chien s’est fait écraser par une voiture), le degré de préoccupation est approprié, et la situation ne provoquera aucune réaction exagérée ou disproportionnée. Elle sera adéquate et proportionnée. Ce sont toutes les situations où le système prend en considération la situation telle qu’elle est.

Toutes les autres réactions peuvent être qualifiées d’émotionnelles!

Lorsque la situation engendre la perception d’un risque perçu comme élevé, l’image automatique provoquera au minimum une préoccupation exagérée (reprenant l’exemple initial: tous les chiens vont se faire écraser par une voiture) et au pire un scénario catastrophe (sur la base de l’exemple: le chien s’est fait écraser, je vais me faire écraser par une voiture).

A l’opposé, lorsque la situation ne suscite aucune perception de risque, il n’y aura probablement aucune image automatique, engendrant au minimum de l’indifférence, en ne se sentant pas concerné (par exemple: peu importe, je n’ai pas de chien), pouvant aller jusqu’à une forme de déni, d’ignorance ou d’optimisme béat (par exemple: qu’est-ce que tu racontes, personne ne s’est fait écraser! ou de quoi parlez-vous donc! voir de toute façon, les voitures sont sans danger!)

Le système réagit donc malgré nous, inconsciemment. Il construit une image mentale qui génère automatiquement une émotion, le tout avant même que nous n’ayons commencé de penser par nous-même, au risque de prendre des balles de ping pong pour des montgolfières.

Des pertes de charges dans la communication (modèle de Jakobson)

Outre ces perceptions, le schéma général de fonctionnement de la communication met en évidence une perte de charge dans la communication, provoquant des écarts entre ce que je veux dire et ce que l’autre reçoit effectivement

Puisque ce que je veux exprimer est filtré par mon système, en m’écartant de la seule expression des faits, ce que je vais dire et la façon de le dire sera forcément biaisé. Sachant que les filtres de mon interlocuteur jouent un rôle équivalent provoqué par son propre système, par ses propres programmes, il est aisé de comprendre les difficultés souvent rencontrées dans les schémas de communication entre être humains.

Chaque communication met en œuvre le système complexe ci-dessus et le code selon ces propres perceptions internes, avant de l’émettre d’une certaine manière (mot utilisé, timbre et intonation de la voix, gestuelle). A son tour, le destinataire du message va le recevoir dans ces trois dimensions, et le décoder au travers de tous ses sens et de son système.

Le schéma pourrait se résumer ainsi: (émetteur) système, message, codage, émission (canal: mots + voix + gestes), (destinataire) système, décodage, message effectivement reçu.

Ainsi se produit un grand écart entre ce que je veux dire et ce que l’autre retient effectivement.

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Schéma de communication et filtre, modèle de Jakobson et impact sur le contenu de la communication

Ces écarts peuvent être accentués par l’intention qui prédomine, au moment de communiquer.

Le pouvoir de l’intention (la clarté de l’intention au moment de communiquer)

Sachant que le message peut contenir aussi bien des opinions (un jugement, un avis, une opinion, etc.) que des sentiments (reflétant un état affectif) ou des faits observables (un événement, un acte observé, un comportement), susceptibles de n’être que partiellement reçus, il est également utile d’être au clair quant à son intention, au moment de s’exprimer : pour influencer l’autre, pour partager quelque chose avec lui, ou pour l’informer de la manière la plus objective (à savoir en se limitant aux faits observables) ou pour débattre ou “juste” pour parler, .

Il en découle le postulat suivant: une communication est toujours partiale et peu objective, du fait qu’elle est biaisée par les fonctionnements internes, et soigner sa communication devient un élément fondamental pour qui souhaite entretenir ses relations, la forme (timbre de la voix et gestuelle) prenant plus d’importance que le message (mots choisis) lui-même: il s’agit du langage non verbal, qui revêt donc autant d’importance que le fond même de la communication.
Gardez vos caméras enclenchées en toute situation, pour tenter de rester aux commandes de ce que vous souhaitez exprimer, et de la manière dont vous vous exprimez.

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